Depuis quand pratiques-tu la correspondance et as-tu des souvenirs particuliers de correspondance liés à certains moments de ta vie ?

J’ai toujours aimé écrire et recevoir du courrier. C’est un plaisir d’ouvrir la boîte aux lettres chaque jour. Étudiante à Paris, j’ai échangé beaucoup de lettres avec ma mère, surtout les premières années. Face à la difficulté de quitter la maison, la correspondance était le fil qui reliait et rassurait. Quand mon amoureux était au service militaire, à l’autre bout de la France, nous nous écrivions beaucoup. Le téléphone portable, l’instantanéité des textos n’existaient pas, chaque lettre était attendue, ouverte et lue, le cœur battant. Ces lettres ont atténué la tristesse de la séparation. J’essayais de percevoir l’invisible : le geste de l’écriture, la trace de la main restée dans les plis du papier, le corps et l’âme de mon aimé.

Qu’est-ce que la correspondance t’apporte au quotidien ?

J’aime le courrier qui sert à donner des nouvelles, les lettres écrites pour réfléchir, y voir plus clair, se confier. La confiance, l’intimité partagées sont très réconfortantes et douces. J’aime aussi le courrier qui apporte juste un signe d’amitié, d’amour pour dire « je pense à toi, par-delà le temps et l’espace ». Au quotidien la correspondance m’apporte joie et frustration. J’aimerais avoir davantage le temps d’écrire et de répondre, sans traîner. J’essaie toujours de répondre à la hauteur des belles choses que je reçois . Certaines personnes s’impliquent beaucoup. Je me laisse cependant la liberté de répondre quand c’est le bon moment pour moi, sinon la correspondance devient quelque chose de lourd, de fatigant et contraignant. Mais souvent, je réponds immédiatement, dans ma tête. Parfois je n’envoie qu’un dessin, un petit mot, pour éviter de dire des banalités. Certaines correspondances sont très espacées dans le temps, deux lettres par an, qui suffisent à réaffirmer le lien. Je pense à quelques-unes de mes étudiantes qui gardent le contact avec moi depuis plusieurs années.

Tu crées depuis plusieurs années des séries de cartes postales aux noms poétiques comme « Les lettres comme des bras », « L’alphabet est une poésie jaune citron », « Petite ode végétale », « Vêtements papiers ». Comment chaque collection naît-elle ?

Comment répondre à cette question ? Les choses s’imposent d’elles-mêmes, peu à peu, par tâtonnements. Je crée une collection par an, tout en lançant plusieurs pistes pour les suivantes. C’est le temps nécessaire pour chercher et laisser infuser, tenter de ne pas trop me répéter, même si certaines obsessions reviennent… Ces collections de huit cartes postales, commencées il y a une quinzaine d’années sont un petit laboratoire de recherche libre. Je me confronte à la réalité de l’objet imprimé à travers un apprentissage autodidacte des possibilités et contraintes qu’il présente. Je travaille avec le même imprimeur à Clisson, depuis le début. Nous avons pu ainsi affiner certains points. J’expérimente des techniques manuelles (je ne suis pas à l’aise avec le dessin vectoriel qui a tendance à produire des images lisses et jolies, souvent stéréotypées et à la mode, gommant trop les langages singuliers) et avant tout j’essaie de réfléchir à un message simple qui me tient à cœur et que je découvre au fur et à mesure de mon travail. J’ai envie d’offrir ce message à d’autres humains qui pourraient avoir des préoccupations en écho aux miennes.

Ce que j’adore dans tes cartes c’est leur délicatesse, leur subtilité et aussi l’espace infini qu’elles ouvrent dans notre imaginaire. Chacun peut s’inventer une histoire à partir d’une de tes cartes. Cela me fascine dans ton travail. Comment arrives-tu à construire un univers fort, plein de ta sensibilité, tout en laissant une grande place à celui qui regarde ?

Les titres, de la collection et de chacune des cartes, proposent aux spectateurs une direction pour le regard, un indice plus ou moins évident. J’essaie de nombreuses combinaisons texte-image avant de trouver un dialogue ne me paraissant ni trop plat, factice ou artificiel. Je cherche une forme d’évidence pas totalement banale. Cet équilibre ne marche sans doute pas à chaque fois. Les thèmes sont liés au quotidien, à la nature, à l’écologie, aux enfants, à la chaleur, à la fragilité de tout et de chacun, aux détails qui font le plaisir de vivre. La couleur est pour moi un langage et un sujet de recherche essentiel. Je suis heureuse si le spectateur peut s’approprier cet objet car il est conçu pour toucher et voyager, rencontrer des moments de vie des uns et des autres, faire sourire. J’essaie de glisser un peu de malice.

Tu animes des ateliers avec des enfants et des adultes. Que leur proposes-tu ?

Je leur propose d’arrêter de penser et de dire qu’ils ne savent pas dessiner et ne sont pas créatifs. Il m’importe de leur donner confiance, et qu’ils trouvent du plaisir à imaginer et prendre conscience qu’ils peuvent créer. Je propose toutes sortes de thèmes ou dispositifs, parfois en lien avec mes livres, une exposition. Je donne un cadre, propose des outils, mais pas de modèles. Il s’agit souvent d’ateliers reliant images et mots. Pour se libérer de la peur de mal dessiner, nous associons parfois des découpages, des tampons, nous dessinons sans regarder le support afin de remettre en question la définition du beau dessin qui ressemble à une supposée réalité. Je peux par ailleurs centrer un atelier sur l’apprentissage de l’aquarelle, des pop’up, sur le thème de la carte postale…

Quels conseils donnerais-tu à des parents qui souhaiteraient aider leur enfant à développer sa créativité ?

Chacun a de la créativité en lui. Si un enfant est encouragé, les écrans éloignés, il ne cesse de créer. Cette créativité peut s’exercer dans tous les domaines (dans la façon d’apprendre une leçon, faire de la cuisine, de la danse, de la musique, du sport, du jardinage…). Si je parle du dessin et des mots, je conseillerais aux parents de commencer par ne pas rationner le papier. Laisser du matériel à disposition, ne pas craindre le désordre. Laisser faire et relancer quand c’est nécessaire. Avoir un regard ouvert, capable de s’émerveiller sans juger. Accompagner son enfant au musée, en y restant peu de temps pour commencer, lui demander ce qu’il aime, ce qu’il observe, lui faire remarquer des détails. Aller au cinéma, voir des spectacles, voyager dans le jardin ou plus loin, lire des livres ensemble, prendre le temps…

Pour découvrir plus en détail le travail de Valérie ainsi que ses livres : http://valerielinder.fr
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